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  • : Ma nation, c'est l'infini. Aller au-delà des frontières, terrestres, planétaires, galactiques, ethniques, culturelles, génétiques, sexuelles et autres, c'est le début de la liberté et de l'amour universel. My nation is the Infinite. To go beyond terrestrial, planetary, galactical, ethnic, genetic, sexual and others frontiers. This is the beginning of freedom and universal love.
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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 08:22

 

Une réflexion intéressante concernant le père noël, d'autant plus intéressante que son image a été créée par Coca Cola. Le père noël ne résulte pas d'une tradition, mais d'une nécessité commerciale.

 

COMMENTAIRE DE RAËL

Oui, il faut arrêter de dépenser de l’argent pour une tradition qui est une pure invention, encouragée par les multinationales pour augmenter leurs bénéfices. Arrêtez de mentir à vos enfants au sujet d’un père Noël qui n’existe pas, et de gaspiller de l’argent pour respecter une tradition qui est fondée sur un mensonge. Ne faites pas de cadeau de Noël ! Vous avez quantité d’occasions pour faire des cadeaux aux personnes que vous aimez, sans avoir à le faire au moment de cette célébration collective de masse d’un consumérisme dingue, encouragé par les gouvernements, la religion, et les industries, et qui n’a absolument aucun contenu spirituel. Au contraire, apprenez à vos enfants la paix et l’amour, et faites leur des cadeaux, si vous souhaitez le faire, à une autre date que je recommande, un mois avant Noël : comme cela, les enfants des raëliens ont leurs cadeaux avant tous les autres, et vont rendre tous les autres enfants jaloux. Et incitez-les à informer leurs amis qu’il n’y a pas de père Noël, et incitez-les à mettre la pression sur leurs parents également pour qu’ils ne continuent pas cette stupide tradition. Célébrer spirituellement la mémoire de Jésus, ou bien l’anniversaire de ma conception, c’est bien. Mais non pas une orgie commerciale.

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LE PERE NOEL EST-IL UNE ORDURE ?

Un texte dont vous serez forcément le héros (1999)

Le réquisitoire et la plaidoirie de la défense qui suivent s’inscrivent dans un procès imaginaire intenté au Père Noël pour statuer sur son caractère inoffensif… ou criminel. Alors condamnation ou relaxe ? Si vous faisiez partie du jury, quelle position défendriez-vous ?

I. REQUISITOIRE DU PROCUREUR MORALISTE

Tous les ans, de la mi-novembre jusqu’à janvier, derrière un paravent de bons sentiments, se perpétue un mensonge social coercitif qui constitue pour les enfants un exemple et un précédent aux effets principaux négatifs – du moins si on les analyse rationnellement. Quant aux éventuels effets positifs attachés à un tel mensonge, ils ont été et pourraient être assumés sans l’utilisation de cette croyance.

Voici quelques-unes unes des raisons qui justifient que l’on cesse de considérer que la croyance au Père Noël est anodine…

1) La croyance au Père Noël est un mensonge.

Faire croire au Père Noël à des enfants, c’est, ni plus ni moins, leur mentir : il s’agit bien en effet d’une " assertion sciemment contraire à la vérité faite dans l’intention de tromper " (Petit Robert), et dont l’objet, ici, est la question de l’origine des cadeaux de Noël.

Notons, pour en rester au niveau de la forme, que ce n’est pas un simple mensonge ponctuel mais un véritable mensonge organisé et structuré : les adultes mentent sur l’existence du Père Noël (mensonge primaire) puis sur toutes les conséquences logiques de ce mensonge (mensonges secondaires), telles que les caractéristiques du personnage, les éventuelles contradictions avec la réalité (par exemple : absence d’une cheminée dans l’appartement).

Mensonge systématisé donc, mais encore mensonge à répétition puisqu’il couvre presque 10% de l’année (du début de la mise en place des rayons jouets dans les magasins jusqu’à la rentrée scolaire de janvier) et que les adultes y sacrifient eux-mêmes tous les ans, dans la mesure où c’est leur principal sujet de conversation avec les enfants qu’ils rencontrent à cette période.

Il s’agit donc de tout sauf d’un petit phénomène et il constitue, dans les sociétés agnostiques contemporaines, la mythologie sociale explicite la plus importante.

Pourquoi faut-il considérer toute contribution à la perduration de ce mensonge comme condamnable ?

2) En tant que mensonge, il est par définition immoral.

Plaçons nous tout d’abord sur le plan de l’analyse abstraite et philosophique du mensonge, telle que l’a réalisée Kant dans sa Critique de la Raison Pratique ainsi que dans sa courte réponse à Benjamin Constant (" Sur Un Prétendu Droit de mentir par Humanité ", Œuvres Philosophiques, III, pp. 435-441, Pléiade) : le fondement de toute morale repose sur l’impératif catégorique selon lequel chacun doit agir uniquement d’après une maxime dont il peut en même temps vouloir qu’elle devienne une loi universelle. Toute contradiction de la maxime avec l’universalité place l’action hors de la moralité. On ne peut par exemple pas voler sans poser que l’on puisse nous voler ce qu’on a volé, ce qui implique contradiction puisque le résultat de l’action est nul. De la même façon, on ne peut pas mentir sans accepter que l’on nous mente en retour, c’est-à-dire sans briser les fondements de toute possibilité de communication intersubjective. L’impératif catégorique, puisque universel et apodictique, ne saurait souffrir aucune exception, y compris bien intentionnée. Dans un acte, ce n’est pas la bonne intention qui compte mais les effets réels de l’acte; ici du mensonge. On peut bien avoir le sentiment, dans le cadre de la croyance au Père Noël, qu’on n’utilise pas l’enfant comme moyen mais bien comme fin, il n’en reste pas moins que l’on abuse de sa crédulité en ne lui accordant pas une dignité humaine identique à celle que l’on s’accorde à soi. Abuser de la crédulité de quelqu’un est toujours immoral : personne ne devrait jamais se le permettre.

Finalement, l’important n’est pas au fond l’immoralité de l’action pour celui qui la commet : ce sont plutôt ses effets de précédent et d’exemple, ses effets en termes d’éducation, de socialisation sur et de la personne des enfants.

3) Mentir, c’est éduquer au mensonge.

En mentant de façon systématique et sur une longue durée aux enfants, en mentant d’un mensonge qui conduit inévitablement à la découverte du caractère mensonger et duplice de l’assertion, les adultes créent une situation de précédent et d’exemple relative au mensonge. Après avoir été ainsi berné, l’enfant peut légitimement en arriver aux considérations suivantes : " les adultes mentent ; ils peuvent m’avoir menti sur d’autres sujets ; ils peuvent me mentir à nouveau ; quel crédit puis-je accorder à leur parole ? S’ils mentent alors moi aussi je peux mentir "…

C’est l’habitude des mensonges anodins ou " bien intentionnés " qui légitime, même à faible degré, le mensonge et la duplicité que l’enfant pourra utiliser ensuite comme comportement, dès à présent ou bien plus tard. La croyance au Père Noël éduque donc sans conteste au mensonge. Drôle d’éducation ! Quid de la volonté participer à la création d’une humanité respectueuse de la morale si on éduque ses enfants au mensonge (même anodin et bien intentionné) ? Est-ce qu’ils n’intérioriseront pas d’ailleurs ce mécanisme en se l’appliquant à eux-mêmes, comme dans l’attitude de mauvaise foi que décrit Sartre dans l’Etre et le Néant ? Il est si courant de voir des personnes se mentir à elles-mêmes pour tout un tas de petites choses anodines qui finissent par constituer des zones importantes de leur quotidien - et ce parce qu’elles sont bien intentionnées avec elles-mêmes comme leurs parents l’étaient en leur faisant croire au Père Noël…

4) Le Père Noël n’est pas un choix mais une structure socio-ethnologique subie.

La raison pour laquelle il faut analyser avec précision le mode de fonctionnement et les effets de cette croyance, c'est qu’elle constitue un mythe paradigmatique, tel que ceux qu’étudie l’ethnologie structurale.

Les adultes qui croient " choisir " leur participation à la continuation de cette croyance subissent en fait cette représentation mythologique et les comportements qu’elle induit.

La preuve de cette aliénation des adultes tient au fait qu’interrogé sur les justifications de son mensonge, aucun n’arrive à présenter d’arguments objectifs : " je le fais parce qu’on me l’a fait, parce que c’est la coutume, parce que les enfants sont mignons et que ca ne prête pas à conséquence, à mal ". Passons sur le mensonge par attrait du " mignon " où l’enfant est alors véritablement utilisé comme moyen, passons sur le caractère déjà évoqué de l’anodin, pour remarquer que la mécanique principale de perduration du mythe est la reproduction générationnelle non interrogée.

Remarquons sur ce point que le Père Noël est une création historique récente. Il y a toujours eu des fêtes où l’on faisait des cadeaux aux enfants. Mais l’idée que l’origine et le transport du cadeau sont le Père Noël, himself tel qu’on le représente actuellement, est presque neuve. C’est une campagne de publicité de Coca-Cola dans l’entre-deux guerre qui fixe l’iconographie du Père Noël. Et on ne peut s’empêcher de souligner la fonction mercantile, commerciale, qui y est attachée: dans l’économie des dons/contre-dons au sein de la famille, le Père Noël déculpabilise l’enfant qui adresse sa liste à quelqu’un d’extérieur au foyer. Ce qui peut certes constituer point positif. Mais l’éducation sociale à l’œuvre ici ne serait-elle pas plutôt la suivante : l’enfant, grâce au Père Noël, apprend à avoir des demandes matérielles, apprend à formuler ces demandes (la lettre au Père Noël) : bref, il est éduqué à désirer obtenir des biens matériels, à valoriser ces biens et à les recevoir " magiquement " de la " main invisible " d’une entité qui a tous les attributs d’une représentation personnalisée du collectif social abstrait. Le Père Noël est une création des sociétés de nantis – lesquelles représentent moins d’un huitième de la population mondiale actuelle. Le Père Noël est artificiel et n’est que le produit d’une structure spécifique : la nôtre. Le remettre en question, c’est pointer cette détermination et donc l’essentiel des structures sociales – consommation/possession de biens matériels - dont il est une sorte de symbole. C’est peut-être aussi pour cela que sa remise en question suscite autant de résistances, parce qu'elle entraîne avec elle la remise en question d'un "collectif consommant", soudé par la jouissance de la consommation.

Certes, lorsqu’il reçoit ce qu’il a demandé, lorsqu’il est comblé, l’enfant ne se sent pas en dette d’un contre-don impossible à l’égard de ses parents. Le Père Noël joue à ce titre un rôle positif et transitionnellement intégrateur.

Mais que se passe-t-il quand la famille subit de plein fouet les conséquences des dysfonctionnements et de l’injustice de l’économie contemporaine ? Comment expliquer à un enfant l’injustice du Père Noël qui, à ses camarades, apporte des cadeaux d’une valeur moyenne de 1500F alors que lui n’a le droit qu’à un cadeau symbolique, alors que les médias et la pression sociale l’ont éduqué à désirer les mêmes objets que les autres ? Les " partisans du Père Noël " ont-ils pensé aux effets culpabilisateurs de cette croyance chez les parents qui doivent répondre à des questions légitimes sur l’injustice du Père Noël ?

5) Le Père Noël comme opium des enfants.

Avec le Père Noël, notre monde garde un peu de son enchantement. On comprend que l’église condamne le caractère païen du Père Noël – mais on ne peut à ce titre pas rester indifférent au fait que ce mythe brouille les pistes et récupère, 25 décembre oblige, quelque chose de la sacralité du fondement de la foi christique.

Plus que de croyance, il est question de foi. Une foi qui, au-delà de la croyance, écarte le doute, socialise les enfants à mettre leurs doutes entre parenthèses, sur la seule base du discours social et parce que le gain à croire au Père Noël est momentanément plus important.

6) Une croyance puissamment coercitive.

La preuve ultime de la force de cette aliénation sociale peut se mesurer à ceci : les individus qui ne participent pas activement à cette mythologie sont considérés comme des pisse-froid sans cœur, qui sont incapables d’émerveillement et qui trahissent la collectivité (leurs enfants semant le trouble au sein de la collectivité des autres enfants). La puissance de cette contrainte est telle que les individus qui pourraient être en désaccord avec ce mensonge institutionnalisé sont contraints, pour ne pas provoquer de troubles chez les enfants, de taire leur désaccord en présence des " croyants " - voire, année après année, de faire semblant ! La force de cette coercition collective devrait être, pour les personnes qui continuerait à trouver anodin ce " mensonge organisé ", un indice de son enjeu et de son aliénation.

7) La carotte de Big Brother

Que penser de la pitoyable politique de la carotte et du bâton, le pitoyable chantage déployé par les parents en fin d'année : le "soit sage sinon…" a quelque chose d'inquiétant dans sa dimension de Big Brother, d'éducation à l'existence d'un œil social invisible qui surveillerait faits et gestes. La nécessité de faire appel à un extérieur familial pour faire pression sur l’enfant ne signe-t-elle pas l'échec d’une autorité personnelle ?

8) Ce mensonge est incompatible avec la finalité de l’éducation : l’autonomie des enfants.

Pourquoi enfin les enfants pleurent-ils lorsqu’on leur dit trop tôt que le Père Noël n’existe pas, pourquoi veulent-ils continuer à croire à son existence, pourquoi cela les angoisse-t-il ? Parce qu’ils se sentent exclus de la société, parce qu’on leur ment et que ce mensonge peut signifier l’écroulement angoissant de toute vérité et de toute valeur auxquelles ils accédaient par l’intermédiaire des adultes. Et notamment de leur père et de leur mère. Il y a brutale rupture de confiance.

La preuve en est a contrario qu’il faut que les enfants aient suffisamment confiance en eux, en la parole de leur semblable, pour prendre en compte les indices de l’inexistence du père Noël. Que la possibilité de douter de la valeur ou de la véracité du discours des adultes soit une étape capitale dans le développement de l’autonomie de l’enfant, que cette possibilité s’appuie sur des réflexions faisant appel à des mécanismes d’expérimentations objectives (" Comment le Père Noël peut-il entrer dans mon appartement qui n’a pas de cheminée ? "), ces deux éléments sont louables et à valoriser. Mais cette possibilité et cette expérimentation, l’enfant pourrait les faire hors de toute duplicité organisée. C’est même le rôle des parents que de susciter ces mécanismes chez leur enfant. Cette mise en place d’un jugement critique précoce n'est-elle pas mise à mal par le phénomène de la croyance ?

On sait combien la parole vraie, authentique, est le fondement absolu de l’équilibre de l’enfant, de sa capacité à affronter et investir la réalité avec confiance. Tous les éléments positifs qu’on pourrait trouver dans la croyance au Père Noël (acquisition d’une autonomie de jugement par exemple) pourraient être valorisés et développés au centuple en dehors de cette inertie mythologique. Pourquoi alors faire perdurer ses effets négatifs ? Continuerez-vous à subir cette invisible pression sociale ? Vous sentirez-vous enfin plus responsables des mensonges faits à vos enfants ?

L’amour que l’on porte aux enfants ne doit avoir qu’une finalité : leur autonomie authentique. Pas leur aliénation duplice.

Mettons fin à cette nocivité absurde : en votre âme et conscience, et à l’échelle de ses méfaits.

Si vous aimez vos enfants, pourquoi leur mentez-vous ? Arrêtez le Père Noël !

II. PLAIDOIRIE DE LA DEFENSE PSYCHOLOGUE

La charge du procureur, si elle est souvent exacte, s’apparente tout de même à une bordée d’artillerie lourde. Il serait intéressant, à ce titre, que nous tentions d’en dégager les implicites véritables, forcément latents sous une telle virulence. Nous ne le ferons cependant pas et tenterons plutôt de comprendre l’utilité, les fonctions et, pourquoi pas, les bénéfices de cette croyance – en deçà de toute considération morale ou normative. Non pas juger, mais expliquer pour comprendre. En tentant de faire plus court.

1) Père Noël et Œdipe.

Arrêtons-nous sur le " Père " du " Père Noël " : le Père Noël est un Père sans enfants et simultanément sans parents. Il s’agit donc d’un Père non-géniteur, d’un Père hors la filiation, comme un Père adoptif de tous les enfants. De là à voir en lui une figure non conflictuelle du père œdipien, il n’y a qu’un pas. Que l’on peut d’autant plus aisément franchir qu’il faut remarquer que la fin de la croyance au Père Noël coïncide précisément avec la fin de la phase œdipienne du développement de la personnalité de l’enfant (6-7 ans).

Le Père Noël est donc une figure de la toute-puissance mais une figure bonne, sans les attributs du Dieu courroucé. Il est omniscient (puisqu’il surveille la sagesse des enfants), il récompense, préfigurant ainsi une sorte de figure archaïque, extériorisée, mais surtout positive, chaleureuse, bienveillante, du futur Surmoi freudien : un " grand-père Noël ", en somme.

2) Pourquoi n’y-a-t-il pas de Mère Noël ?

Il est intéressant de remarquer que ce mythe ne contient aucun élément féminin. Le Père Noël n’a pas de femme et l’iconographie ne montre jamais d’aides féminins. Comme si le mythe souhaitait nous dire ceci : seul un homme est à l’origine de l’objet désiré. Comment interpréter cet élément ? Comme l’expression d’une société machiste ? Ou bien comme un mythe participant à l’ordonnancement sexualisé du monde ?

L’hypothèse qui voudrait lire la descente du Père Noël dans la cheminée pour y déposer l’objet comblant comme la possible traduction d’une scène sexuelle originaire est-elle absurde ? Difficile de se prononcer, mais tenons pour possible que ce mythe (qui prend place le jour de la naissance du Christ) puisse relever d’une lecture de filiation : rappelons-nous que seul le discours de la mère assure de la paternité du Père. Ici, le discours social viendrait en quelque sorte redoubler le discours maternel : même si on ne le voit pas, c’est bien le père qui est à l’origine de l’objet comblant – d’où explication aussi de la proportion importante de représentation-projection de soi dans le type des jouets demandés : poupées, figurines.

3) Père Noël et principe de plaisir : Noël comme temps transitionnel.

Outre ses fonctions de médiateur œdipien, de représentation d’une autorité paternelle réduite à la bienveillance et d’éclairage de la paternité, l'autre élément qui expliquerait pourquoi les arguments critiques du procureur n’ont dans les faits que peu d’influence sur les parents d’un enfant de moins de six ans est peut-être lié à la fonction d’incarnation par le Père Noël d’un principe de plaisir magique plus puissant que le principe de réalité.

Comme le disent les parents : si les enfants sont heureux, c’est parce qu’avec le Père Noël, le monde n’est pas encore totalement désenchanté. Sous le quotidien régulier et banal subsisterait une dimension magique, là-haut dans un pôle Nord céleste.

Dans une société traditionnelle baignant dans l’enchantement du monde, où les dieux et les esprits se devinent derrière chaque objet, le Père Noël ne serait qu’une figure banale de la magie qui baigne toutes choses.

Mais, aujourd’hui dans le discours de parents sur le Père Noël aux enfants, il y a une figure mythologique d’autant plus forte qu’elle est l’exception : un médiateur entre la terre et les cieux, un avatar de dieu, un Hermès dont la hotte est une corne d’abondance et un trou de serrure permettant d’apercevoir la munificence d’un paradis comblant tous les désirs…

On peut donc faire l’hypothèse suivante : la raison pour laquelle les parents sont au fond très attachés à cette croyance, c’est que dans le bonheur de leurs enfants, ils retrouvent le leur, celui d’une croyance en un lieu et un temps qui satisfait tout, d’un parent qui comble à jamais le manque et éteint tout désir - fantasme archaïque au demeurant parfaitement repéré par la psychanalyse.

Or, cette dynamique du fantasme, de l’enchantement, de la victoire du principe du plaisir sur le principe de réalité, nous en faisons l’expérience tous les jours dans le rêve.

Quoi de plus naturel alors de retrouver attachés au Père Noël de nombreux attributs oniriques : le Père Noël passe la nuit, pendant le sommeil des individus. Et si un lourd manteau neigeux lui est indéfectiblement associé, c’est peut-être parce que la neige, en estompant les formes et gommant les couleurs, assourdit surtout le bruit du monde, ralentit son activité, le place en léthargie - on ne parle pas pour rien d’une " couverture " neigeuse. Avec la neige, le monde est dans son lit. Le Père Noël travaille ainsi pendant le sommeil du monde : le Père Noël est l’un des rêves du monde.

La science a beau avoir dépoussiéré le réel des projections magiques de nos aïeux, la question se pose de savoir si l’être humain est capable d’affronter un réel sans médiation vers le plaisir, sans représentation de la possibilité d’une satisfaction magique. C’est une hypothèse psychologique à garder en mémoire quand on tente d’appréhender l’attitude des parents face à la croyance au Père Noël.

4) Le secret découvert du Père Noël comme formateur du je.

Notre dernière interrogation concerne la fonction du " mensonge " que décrie avec autant de virulence le procureur.

Est-ce un hasard si la découverte du mensonge, si la fin de cette croyance correspondent pour l’enfant à l’entrée dans " l’âge de raison ", un âge où un moi encore en construction s’est ébauché et n’a pu s’ébaucher que parce l’enfant s’est constitué un monde intérieur secret ?

Ne peut-on penser qu’il s’agit bien de former l’enfant à quelque chose qui ne relève pas du mensonge mais d’une toute autre thématique : celle du secret ?

Car pour les parents, c’est bien de secret qu’il s’agit dans les préparatifs de Noël. Pas de mensonge mais un secret partagé avec les enfants " qui n’y croient plus ".

La croyance au Père Noël pourrait ainsi avoir cette fonction de formation au secret complice, bienveillant et social, partagé à plusieurs, secret nécessaire à la formation du je.

Avant donc de dénoncer, peut-être pourrait-on s’accorder du temps pour interpréter et comprendre davantage les fonctions de structuration psychologique de l’individu auxquelles contribue le Père Noël ?

Ni condamnation, ni relaxe, j’en appelle à une suspension temporaire et réflexive de votre jugement.

Au lecteur jury : que ferez-vous en décembre prochain ?

(c) Stéphane Barbery

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Published by Françoise - dans société
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