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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 20:15

 

NATO’s War Crimes In Libya: Who Grieves For The Fallen Heroes?

 http://www.countercurrents.org/petras100911.htm

Par James Petras

La conquête et l'occupation de la Libye, c'est d'abord et avant tout une victoire militaire pour l'OTAN. Chaque aspect de l'offensive militaire était mené et dirigé par les forces aériennes, maritimes et terrestres de l'OTAN . L'invasion de la Libye par l'OTAN était fondamentalement une réponse au « Printemps arabe » : les soulèvements populaires qui se sont étendus de l'Afrique du Nord au Golfe persique. L'attaque de l'OTAN faisait partie d'une contre-attaque générale destinée à contenir et à inverser les mouvements populaires démocratiques et anti-impérialistes qui avaient chassé ou étaient sur le point de renverser les dictateurs à la solde des États-Unis.


Des considérations politiques et militaires furent essentielles pour motiver l'invasion de l'OTAN : aussi récemment que en mai 2009, les régimes américains et européens avaient de bons et étroits rapports bilatéraux militaires, économiques et de sécurité avec le régime de Kadhafi. D'après le British Daily, et le Independent (9/4/2011), des documents libyens officiels, découverts au ministère des affaires étrangères libyen, décrivaient comment, le 16 décembre 2003, la CIA américaine et la M16 britannique établirent une collaboration étroite avec le gouvernement de Kadhafi. La M16 a fourni à Kadhafi des renseignements détaillés sur les leaders de l'opposition libyenne exilés en Angleterre, et lui a même préparé un discours au moment où il cherchait à se rapprocher du monde extérieur.


La secrétaire d'État Clinton présenta Mutassin Kadhafi [un fils de Mouammar Kadhafi] à la presse de Washington lors d'une visite en 2009, en déclarant « J'ai le plaisir de souhaiter au ministre Kadhafi la bienvenue au département d'État. Nous attachons une profonde valeur à la relation entre les États-Unis et la Libye. Nous avons de nombreuses occasions d'approfondir et d'élargir notre coopération et je regarde vers l'avenir pour construire sur la base de cette relation”. (examiner.com , 26 février 2011).


Entre 2004 et 2010, les plus grandes entreprises pétrolières, y compris British Petroleum, Exxon Mobil, Halliburton, Chevron, Conoco et Marathon Oil, ont conclu des accords avec des géants de l'industrie militaire comme Raytheon and Northrop Grumman, Dow Chemical and Fluor , et ont signé d'énormes contrats avec la Libye (examiner.com op cit).


En 2009 le département d'État américain accorda une subvention de 1,5 millions de dollars pour l'entraînement de civils libyens et de forces de sécurité gouvernementales. Le budget de la Maison-Blanche pour 2012 incluait une subvention pour entraîner les forces de sécurité libyennes. General Dynamics signa un contrat de 165 millions de dollars en 2008 pour équiper la brigade d'élite motorisée de Libye (examiner.com ibid.).


Le 24 août 2011, Wikileaks publia des messages de l'ambassade des États-Unis en provenance de Tripoli, qui décrivaient l'évaluation positive, faite par un groupe d'importants sénateurs républicains, des relations entre les États-Unis et la Libye lors de leur visite fin 2009. Ces messages montraient qu'il y avait des programmes de sécurité impliquant la police et l'armée de Kadhafi, ainsi que le fort soutien américain pour la répression, par son régime, des islamistes radicaux, dont beaucoup sont maintenant à la tête des « forces rebelles » soutenues par l'OTAN qui occupent maintenant Tripoli.


Qu'est-ce qui a incité les pays de l'OTAN à passer, en quelques mois, d'une politique de soutien à Kadhafi au lancement d'une invasion brutale qui fait de la Libye une terre brûlée ? La clé, ce sont les soulèvements populaires, qui menaçaient la domination européenne et américaine. La quasi destruction de la Libye, un régime laïque avec le plus haut niveau de vie en Afrique, devait être une leçon, un message adressé par les impérialistes aux masses récemment insurgées d'Afrique du Nord, d'Asie et d'Amérique latine : le destin de la Libye, c'est ce qui attend tout régime qui aspire à plus d'indépendance et questionne l'hégémonie de la puissance euro-américaine.


Le blitz brutal de six mois mené par l'OTAN - plus de 30 000 attaques aériennes et par missiles sur des institutions civiles et militaires - était une réponse à ceux qui affirmaient que les États-Unis et l'Europe étaient « sur le déclin » et que « l'Empire était en décadence ». Le soulèvement de Benghazi mené par des radicaux islamistes et monarchistes en mars 2011 fut soutenu par les puissances impérialistes de l'OTAN et leur servit de prétexte pour étendre leur contre-offensive sur la route de la restauration néo--coloniale.


La guerre de l'OTAN et le faux « soulèvement rebelle »

Rien n'est plus évident que le fait que toute la guerre contre la Libye était, de toutes les façons stratégiques et matérielles, la guerre de l'OTAN. Le casting de la collection de racailles de monarchistes, de fondamentalistes islamistes, d'expatriés et d'anciens membres du gouvernement de Kadhafi établis à Londres ou à Washington, étiquetés comme « rebelles », c'est un cas typique de propagande médiatique. Depuis le début, les « rebelles » dépendaient complètement de la puissance militaire, politique, diplomatique et médiatique de l'OTAN, sans laquelle ceux qui étaient de facto des mercenaires n'auraient pas duré un mois, terrés à Benghazi.


Une analyse détaillée des principales caractéristiques de la conquête de la Libye confirme cette attaque comme une guerre de l'OTAN.

L'OTAN a lancé de brutales attaques aériennes et maritimes, détruisant les forces aériennes, les navires, les dépôts d'énergie, les chars d'assaut, l'artillerie et les dépôts d'armes libyens, tua et blessa des milliers de soldats, de policiers et de combattants de la milice civile. Jusqu'à l'invasion de l'OTAN, les forces au sol « rebelles » n'avaient pas avancé au-delà de Benghazi et purent ensuite à peine « tenir » le territoire. Les mercenaires « rebelles » « avançaient » seulement derrière les attaques aériennes dévastatrices, menées jour et nuit, de l'offensive de l'OTAN.


Les frappes aériennes de l'OTAN ont été responsables de la destruction massive de l'infrastructure libyenne civile et de défense militaire, par le bombardement des ports, des routes, des magasins, des aéroports, des hôpitaux, des usines électriques et hydrauliques, et des habitations avoisinantes, dans une guerre de « terrorisme » destinée à « retourner » la base loyaliste massive contre le gouvernement de Kadhafi. Les mercenaires n'avaient pas de soutien populaire au sein de la population civile libyenne, mais la brutalité de l'OTAN a affaibli l'opposition active contre les mercenaires « rebelles ».


L'OTAN a gagné un soutien diplomatique-clé pour l'invasion, en appliquant les résolutions de l'ONU, en mobilisant leurs chefs d'états satellites dans la Ligue Arabe, en procurant aux États-Unis des « légionnaires » mercenaires entraînés, en provenance du Qatar, et le soutien financier de la riche populace du Golfe. L'OTAN a forcé la « cohésion » entre les clans rivaux de chefs de mercenaires " rebelles" autoproclamés, grâce à la saisie (« gel ») des avoirs à l'étranger du gouvernement libyen, lesquels s'élevaient à des milliards de dollars. Ainsi, le financement, l'armement, l'entraînement et le conseil par des « Forces Spéciales », tout cela était sous le contrôle de l'OTAN.


L'OTAN a imposé des sanctions économiques, amputant la Libye des revenus provenant de la vente de son pétrole. L'OTAN a mené une campagne de propagande intensive, affichant l'offensive impériale comme un « soulèvement rebelle » ; en déguisant le bombardement dévastateur contre une armée anticolonialiste sans défense en « intervention humanitaire » pour défendre « des civils pro-démocrates ». Le blitz médiatique, à la chorégraphie centralisée, s'étendit très loin au-delà des cercles libéraux usuels, pour convaincre les journalistes «progressistes » et leurs publications, et également les intellectuels, de peindre les mercenaires impériaux comme des « rebelles » et de condamner l'héroïque résistance de six mois de l'armée et du peuple libyens contre une agression étrangère. La propagande euro-américaine pathologiquement raciste publia des images horribles de troupes du gouvernement libyen (souvent présentées comme « mercenaires noirs ») recevant d'énormes quantités de « Viagra » de la part de Kadhafi alors que, en fait, leur propre famille et leurs maisons se trouvaient,prises sous un bombardement aérien et un blocus de l'OTAN.


La principale contribution des mercenaires « conquérants » dans cette superproduction fut de donner des possibilités de photos de la racaille de « rebelles » brandissant leurs fusils à la manière du Pentagone, prenant des poses à la Che Guevara dans leurs camionnettes pick-up, arrêtant et brutalisant des travailleurs immigrés africains et des Libyens noirs. Les mercenaires « libérateurs» entrèrent triomphalement dans les cités et les villes libyennes, qui étaient déjà brûlées et dévastées par la force aérienne colonialiste de l'OTAN. Inutile de dire que les médias les « adoraient ».


Après la destruction accomplie par l'OTAN, les mercenaires « rebelles » montrèrent leurs vrais talents d'escadrons de la mort. Ils organisèrent l'exécution systématique des « personnes suspectes de soutien à Kadhafi » et le pillage de maisons, de magasins, de banques et d'institutions publiques en rapport avec le régime défait. Pour « sécuriser » Tripoli et mettre fin à toute expression de résistance anticolonialiste, les mercenaires « rebelles » procédèrent à des exécutions sommaires - particulièrement de Libyens noirs et de travailleurs de l'Afrique subsaharienne et de leurs familles. Le « chaos » à Tripoli décrits par les médias est dû aux accès de folie meurtrière de ces forces de « libération » autoproclamées. Les seules forces quasi organisées à Tripoli semblent être les militants liés à Al-Qaida, vieux alliés de l'OTAN.


Conséquences de la conquête de la Libye par l'OTAN

Selon les technocrates mercenaires « rebelles », la politique de l'OTAN consistant en une destruction systématique coûtera à la Libye au moins « 10 ans de perdus ». C'est une évaluation optimiste du temps que mettra la « reconstruction » pour la Libye afin qu'elle retrouve les niveaux économiques de février 2011. Les principales compagnies pétrolières ont déjà perdu des centaines de millions de bénéfices, et, sur les 10 ans à venir, devraient perdre des milliards, surtout en raison de la fuite, de l'assassinat et de l'emprisonnement de milliers d'experts expérimentés, libyens et étrangers, de travailleurs immigrés spécialisés et de techniciens spécialisés dans tous les domaines, particulièrement compte tenu de la destruction des infrastructures de la Libye et de ses systèmes de télécommunications.


L’Afrique subsaharienne va subir un énorme recul du fait de l'annulation de la « Banque d'Afrique» qui avait été proposée, que Kadhafi était en train de préparer comme une source alternative de financement des investissements, et du fait de la destruction de son système de communication alternatif pour l'Afrique. Le processus de recolonisation, impliquant le gouvernement impérial par l'intermédiaire de l'OTAN et des mercenaires de l'ONU « pour le maintien de la paix », sera chaotique, compte tenu des inévitables dissensions entre les fondamentalistes islamistes ennemis et armés, les monarchistes, les technocrates néo-colonialistes, les seigneurs de la guerre tribaux, et des clans qui se taillent leurs propres fiefs. Les rivalités à l'intérieur de l'Empire et les revendications locales politiques de la richesse pétrolière vont continuer à augmenter le « chaos » et à détériorer la vie des civils, dans une nation qui pouvait se vanter autrefois d'avoir les plus hauts revenus par tête et le plus haut niveau de vie en Afrique. Les réseaux d'irrigation et pétroliers complexes, organisés sous Kadhafi et détruits par l'OTAN, vont rester comme un spectacle de désolation. Comme l'exemple de l'Irak l'a montré nettement, l'OTAN est meilleure pour détruire que pour construire un État laïque moderne appuyé sur une bureaucratie civile moderne, une éducation universelle gratuite et publique, un système judiciaire laïque et des services de santé modernes. La politique américaine de gouvernement et de ruine règne en maître dans le mastodonte de l'OTAN.


Motivation pour l'invasion

Qu'est-ce qui a motivé l'OTAN à commencer un bombardement massif de la Libye , long de six mois, suivi par une invasion et par des crimes contre l'humanité ? Les morts de civils, et l'immense destruction de la société civile libyenne par l'OTAN, démentent les affirmations d'après lesquelles les bombardements aériens étaient destinés à « protéger les civils » d'un génocide imminent mené par Kadhafi, affirmations des « rebelles" qui ne furent jamais prouvées. Le bombardement de l'infrastructure économique cruciale de la Libye nous permet de conclure catégoriquement que le bombardement de l'OTAN a peu de chose à voir avec « une rationalité économique » ou n'importe quelle considération de ce genre. La motivation primaire pour les actions de l'OTAN, on doit la trouver dans les politiques qu'elle a menées précédemment, reliées à une contre-offensive au printemps arabe, contre les mouvements des masses populaires qui ont renversé les pantins des États-Unis et de l'Europe en Égypte et en Tunisie, et étaient en train de menacer les régimes satellites au Yémen, au Bahreïn et ailleurs.


En dépit du fait que les États-Unis et l'OTAN étaient déjà engagés dans plusieurs guerres colonialistes (Irak, Afghanistan, Pakistan, Yémen et Somalie), et que l'opinion publique occidentale avait exigé le retrait de ces troupes en raison des coûts élevés, les chefs de l'Empire d'Occident sentirent que l'enjeu était trop grand, et calculèrent que les pertes pourraient être minimisées. La suprématie aérienne et maritime écrasante de l'OTAN n'a fait qu'une bouchée des faibles forces de défense militaire de Libye, ce qui a permis à l'OTAN de bombarder les cités, les ports et les infrastructures vitales en toute impunité, et de faire appliquer un blocus économique total. Les puissances de l'OTAN calculèrent qu'un bombardement massif terroriserait le peuple libyen et entraînerait sa soumission, et amènerait une rapide victoire coloniale sans aucune perte militaire de l'OTAN, ce qui est la première préoccupation de l'opinion publique occidentale, et que cela permettrait à une armée de mercenaires « rebelles » triomphants d'entrer dans Tripoli.


Les rebellions populaires arabes étaient la préoccupation centrale et la force motrice derrière la destruction de la Libye par l'OTAN. Ces soulèvements populaires avaient renversé les piliers longtemps debout de l'hégémonie américaine israélienne et européenne au Moyen-Orient. La chute du dictateur égyptien Hosni Moubarak et de son équivalent tunisien Ben Ali a fait trembler les ministères des affaires étrangères de l'Empire. Ces soulèvements réussis eurent un effet de ricochet immédiat pour inspirer des mouvements similaires dans toute la région. Bahreïn qui abrite la base navale stratégique des États-Unis au Moyen-Orient et proche de l'Arabie Saoudite (l'allié stratégique-clé des États-Unis dans le monde arabe), exprima un soulèvement massif et prolongé de la société civile, tandis que le Yémen, gouverné par le pantin des États-Unis Ali Saleh, dut faire face à des mouvements de masse populaires et à une résistance militante. Le Maroc et l'Algérie faisaient l'expérience d'exigences populaires d'une démocratie. Le fil conducteur dans les mouvements des peuples arabes, c'était leurs exigences de mettre fin à la domination de l'Europe, des États-Unis et d'Israël sur la région, de mettre fin à la corruption massive et au népotisme, d'obtenir des élections libres et une solution au chômage étendu, grâce à des programmes d'emploi sur une grande échelle. Tandis que les mouvements anticolonialistes grandissaient en ampleur et en intensité, leurs exigences se radicalisèrent, passant de la demande d'une démocratie politique à celle d'une démocratie sociale, d'une politique étrangère démocratique à une politique étrangère anti-impérialiste. Les exigences des travailleurs furent renforcées par des grèves et par des appels à la poursuite judiciaire d'une police répressive et de chefs militaires coupables de crimes envers leurs concitoyens.


Les États-Unis, l'Union européenne et Israël furent pris par surprise - leurs services secrets enfoncés si profondément dans les fissures malodorantes des institutions de police secrète satellites, ne parvinrent pas à détecter les explosions populaires. Les soulèvements populaires sont arrivés à un moment critique inopportun, particulièrement pour les États-Unis, où le soutien intérieur pour les guerres de l'OTAN en Irak et en Afghanistan avait décliné fortement, compte tenu des crises économiques, et des réductions budgétaires sociales majeures pour payer ces guerres. De plus, en Irak et en Afghanistan, les troupes des États-Unis et de l'OTAN perdaient du terrain : le Taliban était, en fait, le véritable « gouvernement de l'ombre ». Le Pakistan, malgré son régime de pantin et ses généraux dociles, faisait face à une très forte opposition populaire à la guerre aérienne contre ses concitoyens dans les villages et les villes frontières. Des drones américains, tuant des miliciens et des civils, eurent pour réponse le sabotage des moyens de transports vitaux utilisés par les forces d'occupation en Afghanistan. Face à une situation planétaire qui se détériorait, les puissances de l'OTAN, décidèrent qu'elles avaient besoin de contre-attaquer de la façon la plus décisive et la mieux visible, en détruisant un régime indépendant laïque comme la Libye, en réaffirmant ainsi leur hégémonie planétaire, contrant l'image de défaite et de retrait, et, par-dessus tout, ré-énergisant « la puissance impériale en déclin ».


La contre-attaque impériale

Les États-Unis montrèrent le chemin dans leur contre-offensive en Égypte, en appuyant le pouvoir au moyen de la junte militaire conduite par les loyalistes de Mubarak, qui ont ensuite procédé à la dispersion et la répression des mouvements pro-démocratie et de travailleurs et mis fin à toute discussion sur une restructuration de l'économie. Une dictature collective de généraux favorables à l'OTAN remplaça le régime personnel autocratique de Hosni Moubarak. Les puissances de l'OTAN fournirent "d'urgence" des milliards pour mettre à flot le nouveau régime et « faire dérailler » la marche du peuple égyptien vers la démocratie. En Tunisie, un processus similaire se produisit: L'Union européenne, spécialement la France, et les États-Unis, appuyèrent un remaniement du régime chassé, amenant des politiciens néocolonialistes. Ils les manipulèrent au moyen de subventions, en s'assurant que l'appareil militaire et policier restait intact malgré le mécontentement populaire au sujet des policiers conformistes du prétendu nouveau régime.


Au Bahreïn et au Yémen, les puissances de l'OTAN suivirent une double piste, incertaines de ce qui allait se passer entre les mouvements massifs pro-démocratie et les autocrates favorables à l'Empire. Au Bahreïn, l'Occident demanda « des réformes » et du « dialogue » avec la population chiite majoritaire, et une résolution pacifique, tout en continuant à armer et à protéger la royauté du Bahreïn - cherchant constamment une alternative flexible pour le cas où le pantin en exercice serait renversé. L'invasion du Bahreïn par l'Arabie Saoudite soutenue par l'OTAN en soutien de la dictature et la vague de terrorisme qui a suivi ont montré effectivement les véritables intentions occidentales. Au Yémen, les puissances de l'OTAN ont continué à soutenir le régime brutal de Ali Saleh..


Pendant ce temps, les puissances de l'OTAN exploitaient le mécontentement intérieur en Syrie en fournissant de l'armement et un soutien diplomatique aux fondamentalistes islamistes et à leurs alliés la minorité néolibérale dans un effort pour renverser le régime de Bachar el-Assad . Des milliers de civils, de policiers et de soldats syriens ont été tués dans cette guerre civile qui couvait, et que la propagande de l'OTAN présente comme un cas de terrorisme d'État contre « des civils pacifiques », tout en ignorant le massacre de soldats et de civils par des islamistes armés, et la menace bien réelle pour la population laïque de Syrie et pour les minorités religieuses.


La contre-offensive et l'invasion de la Libye par l'OTAN

La destruction et l'invasion de la Libye ont inversé sept années de compromis et de coopération avec Kadhafi. Il n'y eut pas en Libye ni ailleurs des " incidents » pour menacer les intérêts économiques et militaires des pays de l'OTAN. La Libye était déjà un pays indépendant, avec un projet pro-africain pour organiser et financer l'établissement d'une banque régionale indépendante et d'un système de communications destinés à contourner le contrôle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Les liens étroits de la Libye avec toutes les grandes compagnies pétrolières de l'OTAN et les banques d'investissement de Wall Street, et ses programmes militaires bilatéraux qui étaient en cours avec les États-Unis ne la protégea pas des attaques de l'OTAN. La Libye fut délibérément détruite lors d'une campagne de six mois de bombardements incessants par les forces aériennes et navales de l'OTAN, pour servir d'exemple aux mouvements populaires arabes : le message de l'OTAN aux mouvements arabes pro-démocratie, c'était que l'OTAN était prête à lancer de nouvelles guerres offensives avec les mêmes conséquences dévastatrices que celles que le peuple de Libye venait d'endurer ; les puissances de l'Empire n'étaient pas en déclin, et tout régime indépendant et anticolonialiste subirait le même destin. Le message de l'OTAN à l'Union africaine était clair : il n'y aura pas de banque régionale indépendante organisée par Kadhafi, ni par qui que ce soit. Il n'y a pas d'alternative aux banques impériales, au Fonds monétaire international ou à la Banque mondiale.


À travers la dévastation de la Libye, l'Occident disait au tiers-monde que, contrairement aux experts qui jacassent au sujet du « déclin de l'Empire américain », l'OTAN avait la volonté d'utiliser sa puissance militaire écrasante et génocide pour établir des régimes de pantins, peu importe que ces pantins soient rétrogrades, brutaux et régressifs, puisque finalement ils vont obéir à l'OTAN et répondre à la Maison-Blanche.


L'invasion de l'OTAN et la destruction d'une république moderne et laïque, comme la Libye, qui avait utilisé sa richesse pétrolière pour le développement de la société libyenne, c'était un message sérieux adressé à tous ces mouvements populaires démocratiques. Tout régime indépendant du tiers-monde, on peut le faire chavirer, les régimes de pantins colonialistes peuvent être imposés à un peuple dévasté ; la fin du colonialisme n'est pas inévitable, la règle impériale est de retour.


L'invasion de la Libye par l'OTAN envoie un message aux combattants de la liberté partout : l'indépendance a un prix élevé ; agir en dehors des canaux de l'Empire, même si c'est à un degré limité, cela peut mener à une destruction rapide. De plus, la guerre de l'OTAN en Libye démontre à tous les régimes nationalistes que faire des concessions aux intérêts occidentaux économiques, politiques et militaires - comme les fils de Kadhafi et leur entourage néolibéral avaient exercé pleinement ce compromis - cela n'offre aucune garantie de sécurité. En fait, il se peut que les concessions aient encouragé la pénétration de l'Empire. Les liens en plein essor entre l'Occident et les autorités libyennes ont facilité leurs défections, et promis une victoire facile sur Tripoli. Les puissances de l'OTAN ont pensé qu'avec un soulèvement régional à Benghazi, une poignée de transfuges du régime de Kadhafi et leur contrôle militaire de l'air et de la mer, la victoire sur la Libye serait facile, en attendant de faire chavirer partout le printemps arabe.


La «couverture» d'un « soulèvement » régional orchestré, militaire et civil, et le blitz de propagande médiatique impériale contre le gouvernement libyen, ont été suffisants pour convaincre la majorité des intellectuels occidentaux de gauche de prendre fait et cause pour les mercenaires « rebelles » : Samir Samir Amin, Immanuel Wallerstein, Lowy, Juan Cole, et beaucoup d'autres ont soutenu les mercenaires « rebelles »... faisant ainsi la démonstration du manque de pertinence et de la faillite des restes de la vieille gauche.


Les conséquences de la guerre de l'OTAN sur le long terme et à une grande échelle

L'invasion et la conquête de Libye marquent une nouvelle phase dans la volonté de l'impérialisme occidental de réaffirmer sa primauté dans le monde arabe islamique. L'offensive en cours est manifeste dans les pressions, les sanctions et l'armement de plus en plus grands de l'opposition syrienne à Bachar el-Assad, la consolidation en cours de la junte militaire égyptienne et la démobilisation du mouvement pro-démocratie en Tunisie. À quel point « vers l'arrière » le processus peut être poussé, cela dépend de la revitalisation et du regroupement des mouvements pro-démocratie, actuellement en reflux.


Malheureusement, la victoire de l'OTAN sur la Libye va renforcer les arguments des ailes militaristes de la classe gouvernante des États-Unis et de l'Union européenne qui prétendent que « l'option militaire » apporte des résultats, que la seule politique que les « Arabes anticolonialistes » comprennent, c'est la force. Le résultat libyen va renforcer le pouvoir des politiciens qui sont favorables à une présence continue sur le long terme des États-Unis et de l'OTAN en Irak et en Afghanistan, et encouragent une offensive militaire contre l'Iran et la Syrie. Israël a déjà capitalisé sur la victoire de l'OTAN contre Kadhafi par le biais de son expansion par d'immenses établissements coloniaux en Cisjordanie, en intensifiant les bombardements et les raids de missiles sur Gaza, par une forte intensification de la Marine et de l'armée dans la région de la mer Rouge contiguë à l'Égypte, et par une posture de confrontation face à la Turquie.


Depuis début septembre, les membres de l'Union africaine, particulièrement l'Afrique du Sud, doivent cependant reconnaître le régime mercenaire « de transition » imposé à la Libye par l'OTAN. Mis à part le peuple libyen, l'Afrique subsaharienne sera dans l'immédiat la plus grande perdante, du fait du renversement de Kadhafi. L'aide généreuse de la Libye, subventions et prêts, avait offert aux états africains un degré d'indépendance par rapport aux rudes conditions du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et des banques occidentales. Kadhafi était un sponsor majeur et un soutien de l'intégration régionale - y compris de l'Union africaine. Ses programmes de développement à grande échelle, particulièrement ses projets d'infrastructures pétrolières et hydrauliques, et de construction, donnaient du travail à des centaines de milliers de travailleurs immigrés d'Afrique subsaharienne et à des spécialistes qui ont envoyé des milliards vers leur pays d'origine, aidant ainsi la balance des paiements et réduisant les déficits et la pauvreté dans leur pays. À la place de la contribution économique positive de Kadhafi, l'Afrique affronte maintenant Tripoli transformé en un avant-poste colonial, fortifiant la domination militaire américaine en Afrique, et une nouvelle poussée pour le renforcement des liens militaires avec l'Empire.


Cependant, au-delà des célébrations actuelles de leur succès militaire impérial en Libye, la guerre ne fait qu'exacerber l'affaiblissement des économies occidentales en détournant les maigres ressources intérieures pour mener des guerres sans victoires décisives. Les réductions actuelles de crédits sociaux et les sévères programmes d'austérité ont rendu inefficaces tous les efforts des classes dirigeantes pour promouvoir les célébrations chauvines faussement de masse pour « les victoires démocratiques sur les tyrans ». La pure agression contre la Libye a accru les préoccupations de sécurité de la Russie, de la Chine et du Venezuela. La Russie et la Chine opposeront leur veto à toute sanction du conseil de sécurité de l'ONU contre la Syrie. Le Venezuela et la Russie sont en train de signer de nouveaux contrats de coopération militaire de plusieurs milliards de dollars, renforçant la défense militaire de Caracas, dans le sillage de l'invasion libyenne.


Pour toute la classe gouvernante et l'euphorie des médias, la « victoire » sur la Libye, monstrueuse et criminelle dans la destruction de la société laïque libyenne et la brutalité exercée actuellement contre les noirs libyens, ne résout pas les crises économiques profondes dans l'Union européenne et aux États-Unis. Cela n'affecte pas les avantages compétitifs croissants de la Chine sur ses concurrents occidentaux. Cela ne met pas fin à l'isolement des États-Unis et d'Israël, confrontés à une imminente reconnaissance mondiale de la Palestine comme un État indépendant. L'absence de solidarité intellectuelle occidentale de la gauche pour les nations indépendantes du tiers-monde, évidente dans leur soutien apporté aux mercenaires « rebelles » à base impériale, est plus que compensée par l'émergence d'une nouvelle génération radicale de militants de la gauche en Afrique du Sud, au Chili, en Grèce, en Espagne, en Égypte, Pakistan et ailleurs. Ce sont des jeunes, dont la solidarité avec les régimes anticolonialistes est fondée sur leur propre expérience locale de l'exploitation, de la « marginalisation » (chômage), et de la répression.


Est-il excessif d'espérer qu'un tribunal pour les crimes de guerre puisse être organisé pour poursuivre les chefs de l'OTAN pour crimes contre l'humanité, pour génocide contre le peuple de Libye ? Est-ce que le lien brutal entre les guerres impériales coûteuses à l'extérieur et l'augmentation de l'austérité et la décadence intérieures peut conduire à revivifier un mouvement de paix anti-impérialiste fondé sur le retrait des troupes impériales à l'étranger et les investissements publics intérieurs pour créer des emplois, de la santé et de l'éducation pour les classes travailleuses et moyennes ?


Si la destruction et l'occupation de la Libye marquent un temps d'infamie pour les puissances de l'OTAN, cela établit aussi une nouvelle prise de conscience qu'un peuple peut lutter et résister pendant six mois d'intenses bombardements par toutes les puissances de l'OTAN. Peut-être que lorsque leur exemple héroïque deviendra clair et que le brouillard de la propagande médiatique sera levé, une nouvelle génération émergente de combattants pourra revendiquer la bataille de Libye comme la continuation de la lutte pour l'émancipation définitive des peuples afro arabes et des peuples islamiques pour se libérer du joug de l'impérialisme occidental.


 

James Petras est l'auteur de plus de 62 livres publiés en 29 langues, et de plus de 600 articles dans des revues spécialisées, y compris American Sociological Review, British Journal of Sociology, Social Research, et Journal of Peasant Studies. Il a publié plus de 2000 articles dans des revues non-professionnelles comme New York Times, the Guardian, the Nation, Christian Science Monitor, Foreign Policy, New Left Review, Partisan Review, TempsModerne, Le Monde Diplomatique, et ses commentaires sont largement diffusés sur Internet. Ses éditeurs incluent Random House, John Wiley, Westview, Routledge, Macmillan, Verso, Zed Books et Pluto Books. Il est lauréat du prix Career of Distinguished Service Award décerné par la American Sociological Association’s Marxist Sociology Section, du prix Robert Kenny Award for Best Book, 2002, et du prix Best Dissertation, Western Political Science Association en 1968. Ses titres les plus récents incluent Unmasking Globalization: Imperialism of the Twenty-First Century (2001); il est coauteur de Social Movements and State Power (2003), Empire With Imperialism (2005), Multinationals on Trial (2006).

 

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