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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 09:47

 

Au siège des Nations unies, à New York. Un écriteau mentionne : « Le budget des armes dans le monde : 825 milliards de dollars/an, le budget nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde : 50 milliards de dollars/an. »

Tout est dit ! Comme le souligne justement la vidéo THRIVE, c'est seulement une poignée de sociétés multinationales qui font la pluie et le beau temps sur la planète TERRE avec un système économique basée sur la spéculation financière et la monnaie.

 


L'entretien avec Jean Ziegler, l'ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, ne cède aucune place au doute : chaque enfant qui meurt de faim dans le monde est un enfant assassiné. Et il n'y a aucune fatalité à ce que le scandale de la sous alimentation continue à être le premier fléau de l'humanité.
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1) Voilà des années que vous dénoncez les crimes de la faim, notamment dans vos deux derniers ouvrages. Quel est le principal apport de Destruction massive ? Est-ce une nouvelle urgence par rapport à la situation du monde ?

Le massacre annuel de dizaines de millions d'être humains par la faim est le scandale de notre siècle. Toutes les cinq secondes, un enfant âgé de moins de dix ans meurt de faim, 37 000 personnes meurent de faim tous les jours et 1 milliard – sur les 7 milliards que nous sommes – sont mutilés par la sous-alimentation permanente Et cela sur une planète qui déborde de richesses !

Le même rapport sur l'insécurité alimentaire dans le monde de la FAO qui donne les chiffres des victimes dit que l'agriculture mondiale dans l'étape actuelle de ses forces de production pourrait nourrir normalement (2 200 calories/ individu adulte par jour) 12 milliards d'êtres humains, donc presque le double de l'humanité actuelle.
Au seuil de ce nouveau millénaire, il n'existe donc aucune fatalité, aucun manque objectif. Un enfant qui meurt de faim est assassiné.

Pendant huit ans, j'ai été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation. Ce livre est le récit de mes combats, de mes échecs, des mes occasionnelles et fragiles victoires, de mes trahisons aussi.

Vous me posez la question de la « nouvelle urgence ».
Le lien entre dette souveraine en Europe et meurtre collectif par la faim de millions de personnes dans l'hémisphère sud est évident : les États européens ont dû verser des dizaines de milliards d'euros à leurs banquiers défaillants et ont biffé, par contre, leurs contributions au PAM.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) est en charge de l'aide alimentaire d'urgence. Il ne peut acheter suffisamment de nourriture. Le PAM a perdu la moitié de son budget annuel qui n'est, aujourd'hui, plus que de 3,2 milliards de dollars contre 6 milliards en 2008.

Dans les 5 pays de la Corne de l'Afrique – Érythrée, Éthiopie, Djibouti, Somalie, Kenya (du nord) – 12 millions d'êtres humains sont actuellement au bord de la destruction par la faim. Une sécheresse durable ravage la région. Depuis avril 2011, des dizaines de milliers d'enfants, d'hommes et de femmes sont morts de faim. Les 17 camps d'accueil d'urgence ouverts par l'ONU doivent refuser chaque jour des centaines de familles affamées qui sortent le matin de la brume après, souvent, des jours et des nuits de marche.
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2) Une poignée d'entreprises multinationales contrôlent le marché de l'alimentation. Comment en finir avec ce système qui affame des peuples entiers ?

Une dizaine de sociétés transcontinentales privées dominent presque complètement le marché alimentaire. Elles fixent les prix, contrôlent les stocks et condamnent les pauvres puisque seul ceux qui ont de l'argent ont accès à la nourriture. L'année dernière, par exemple, Cargill a contrôlé plus de 26 % de tout le blé commercialisé dans le monde. Ensuite, ces trusts disposent d'organisations mercenaires : l'Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ce sont les trois cavaliers de l'Apocalypse. S'ils reconnaissent que la faim est terrible, ils estiment que toute intervention dans le marché est un péché. À leurs yeux, réclamer, par exemple, une réforme agraire, un salaire minimum ou le subventionnement des aliments de base pour sauver des vies est une hérésie. Selon les grands trusts qui, ensemble, contrôlent 85 % du marché alimentaire mondial, la faim ne sera vaincue qu'avec la libéralisation totale du marché et la privatisation de tous les secteurs publics.

Cette théorie néolibérale est meurtrière et obscurantiste. L'Union soviétique a implosé en 1991. Jusque-là, un homme sur trois vivait sous un régime communiste et le mode de production capitaliste était limité régionalement. Mais en vingt ans, le capitalisme financier s'est répandu comme un feu de brousse à travers le monde. Il a engendré une instance unique de régulation : le marché mondial, la soi-disant main invisible. Les États ont perdu de leur souveraineté et la pyramide des martyrs a augmenté. Si les néolibéraux avaient raison, la libéralisation et la privatisation auraient dû résorber la faim. Or, c'est le contraire qui s'est produit. La pyramide des martyrs ne cesse de grandir. Le meurtre collectif par la faim devient chaque jour plus effrayant.
L'ONU devrait soumettre à un contrôle social étroit les pieuvres transcontinentales du commerce agroalimentaire.
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3) Y a-t-il des raisons d'espérer ? La crise ne révèle-t-elle pas une vraie capacité d'indignation citoyenne et de réaction face aux excès ultra libéraux ?

II existe des mesures concrètes que nous, citoyens et citoyennes des États démocratiques d'Europe, pouvons imposer immédiatement ; interdire la spéculation boursière sur les produits alimentaires ; faire cesser le vol de terres arables par les sociétés multinationales; empêcher le dumping agricole ; obtenir l'annulation de la dette extérieure des pays les plus pauvres pour qu'ils puissent investir dans leur agriculture vivrière ; en finir avec les agrocarburants... Tout cela peut être obtenu si nos peuples se mobilisent. J'ai écrit Destruction massive, géopolitique de la faim pour fortifier la conscience des citoyens. Il n'y a pas d'impuissance en démocratie. Je le répète, pendant que nous discutons, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Les charniers sont là. Et les responsables sont identifiables.

De plus, de formidables insurrections paysannes – totalement ignorées par la grande presse en Occident – ont lieu actuellement dans nombre de pays du Sud : aux Philippines, en Indonésie, au Honduras, au nord du Brésil. Les paysans envahissent les terres volées par les sociétés multinationales, se battent, meurent souvent, mais sont aussi parfois victorieux.

Georges Bernanos a écrit: « Dieu n'a pas d'autres mains que les nôtres ».
L'ordre cannibale du monde peut être détruit et le bonheur matériel assuré pour tous. Je suis confiant : en Europe l'insurrection des consciences est proche.
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4) Quelle serait la première mesure à prendre en 2012 pour que l'Humanité mange enfin à sa faim ? (agrocarburants ? spéculation ?)
La toute première cause de l'intensification du meurtre collectif par la faim et la spéculation boursière sur les aliments de base. Les fonds spéculatifs (hedge funds) et les grandes banques ont migré après 2008, délaissant des marchés financiers pour s'orienter vers les marchés des matières premières, notamment celui des matières premières agricoles. Si l'on regarde les trois aliments de base (le maïs, le riz et le blé), qui couvrent 75 % de la consommation mondiale, leur prix ont explosé. En 18 mois, le prix du maïs a augmenté de 93 %, la tonne de riz est passée de 105 à 1 010 dollars et la tonne de blé meunier a doublé depuis septembre 2010, passant à 271 euros. Cette explosion des prix dégage des profits astronomiques pour les spéculateurs, mais tue dans les bidonvilles des centaines de milliers de gens. De plus, la spéculation provoque une autre catastrophe. En Afrique le Programme alimentaire mondial (PAM) ne peut plus acheter suffisamment de nourriture pour l'aide d'urgence en cas de famine : Comme aujourd'hui dans la Corne de l'Afrique. Il faudrait transférer ces spéculateurs, dont les actions aboutissent maintenant au meurtre collectif, devant un tribunal de Nuremberg et les juger pour crime contre l'humanité.

Vous avez raison d'évoquer les agrocarburants.
La théorie généralement diffusée est la suivante : le climat se détériore et la principale raison en est l'utilisation de l'énergie fossile. Il faut donc diminuer sa consommation. Mais je le dis avec force, les agrocarburants ne sont pas la solution. Pour réduire la consommation d'énergie fossile, il faut drastiquement économiser l'énergie, favoriser les transports publics, développer les énergies solaires, éoliennes, géothermiques. L'année dernière, les États-Unis ont brûlé 138 millions de tonnes de maïs et des centaines de millions de tonnes de blé, pour produire des agrocarburants. En Suède, près de la moitié des voitures roulent au bioéthanol. Le réservoir moyen d'une voiture est de 50 litres. Il faut brûler 352 kilos de maïs pour produire 50 litres de ce carburant. Or, ces 352 kilos de maïs permettraient à un enfant en Zambie ou au Mexique, où le maïs est la nourriture de base, de manger et de vivre pendant un an !

Brûler des plantes nourricières pour en faire des agrocarburants est un crime contre l'humanité.
Jean Ziegler, auteur de Destruction massive, géopolitique de la faim,

Éditions du Seuil (aussi : L'or du Maniema, roman, réédition dans la coll. Points, Seuil)
PROPOS RECUEILLIS PAR YANNICK BOUCHER

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Published by Françoise - dans économie
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